Algérie-Mali : Que ferait le Mali en cas d’attaque militaire algérienne ?

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L’escalade diplomatique entre le Mali et l’Algérie, ravivée par l’incident du drone abattu le 1er avril 2025, soulève une question géopolitique délicate : que se passerait-il si cette tension franchissait un seuil critique, et que l’Algérie décidait d’initier une action militaire directe contre le Mali ? La question paraît provocatrice, mais elle mérite d’être examinée à la lumière du climat de défiance actuel, de la militarisation des zones frontalières et de la recomposition des alliances régionales.

Il faut d’abord rappeler que, dans l’absolu, l’Algérie dispose des capacités militaires nécessaires pour mener une attaque ciblée contre le Mali. Dotée de l’une des armées les plus puissantes du continent, avec une aviation de chasse moderne, un système de défense antiaérienne performant et une forte implantation dans le sud du pays, notamment dans la région de Tamanrasset, Alger possède les moyens techniques d’intervenir rapidement, surtout dans les zones nord du Mali proches de sa frontière. Cependant, une telle offensive serait en rupture avec la doctrine traditionnelle de non-ingérence qui structure la politique extérieure algérienne depuis l’indépendance. Toute opération militaire au-delà de ses frontières engagerait l’Algérie dans un engrenage diplomatique lourd, à rebours de son image de médiateur régional. La logique stratégique algérienne repose davantage sur la dissuasion et le contrôle des débordements que sur des interventions directes.

Si, malgré cela, une action militaire se produisait — ne serait-ce qu’un raid ciblé ou une incursion frontalière pour « neutraliser une menace » perçue — le Mali serait en position de grande vulnérabilité. Militairement, le déséquilibre est manifeste. L’armée malienne, affaiblie par des années de combats contre les groupes jihadistes et les rébellions armées, reste dépendante de son partenariat avec la Russie (via Africa Corps) et de sa flotte récente de drones turcs. Ses capacités de défense aérienne sont limitées, et la dispersion de ses troupes sur plusieurs fronts (contre les groupes du CSP-DPA, contre l’État islamique et le JNIM, contre les contrebandiers armés) ne lui permettrait pas de répondre efficacement à une attaque conventionnelle algérienne. La réaction de Bamako serait donc principalement défensive. Le Mali chercherait à contenir l’attaque, protéger ses infrastructures stratégiques dans le Nord, et éviter l’effondrement de ses lignes dans des zones déjà instables comme Ménaka ou Gao.

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Mais l’issue ne se jouerait pas uniquement sur le terrain militaire. Face à une attaque, Bamako mobiliserait immédiatement la diplomatie régionale et internationale. L’Union africaine, l’ONU et la Cour internationale de justice seraient saisis pour dénoncer l’agression et tenter de forcer un cessez-le-feu. Le Mali activerait aussi ses alliances stratégiques, notamment avec le Niger et le Burkina Faso dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel, mais aussi avec ses partenaires extrarégionaux comme la Russie, la Turquie ou la Chine. Un soutien militaire ou logistique pourrait être demandé, bien que son efficacité opérationnelle serait incertaine face à une puissance bien organisée comme l’Algérie. Au lieu de chercher à répondre frontalement, Bamako chercherait à gagner la bataille sur le plan symbolique et diplomatique, en se présentant comme un État agressé, victime d’une violation de souveraineté.

Le plus probable, cependant, est que l’Algérie n’opte jamais pour une attaque à grande échelle, mais renforce plutôt sa stratégie de pression indirecte. Il est plus réaliste d’imaginer une multiplication d’incidents limités, comme l’abattage d’aéronefs maliens jugés trop proches de la frontière, le renforcement du blocus logistique ou la surveillance renforcée des mouvements touaregs. Une autre forme de confrontation pourrait aussi se produire par procuration : Alger pourrait offrir un appui discret aux groupes rebelles du Nord-Mali, tout en maintenant officiellement une posture de neutralité. Dans cette configuration, le conflit deviendrait plus complexe, plus indirect, et plus durable.

Le Mali, déjà affaibli sur le plan interne et diplomatiquement isolé, aurait tout intérêt à éviter un affrontement frontal avec son puissant voisin. La junte au pouvoir, même si elle adopte une rhétorique souverainiste forte, sait qu’un conflit avec l’Algérie mettrait en péril son autorité déjà contestée au nord et accentuerait les fractures internes. Une confrontation ouverte entre les deux pays ne ferait qu’alimenter le chaos régional, affaiblirait la lutte contre les jihadistes, et donnerait de nouveaux espaces aux trafics, à l’instabilité, et aux logiques de fragmentation territoriale.

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Une attaque algérienne contre le Mali, bien que techniquement possible, serait une option extrême, coûteuse politiquement, et peu compatible avec les intérêts de stabilité régionale auxquels Alger reste attachée. Mais si un tel scénario venait à se produire, le Mali n’aurait d’autre choix que de tenir symboliquement, de chercher un appui diplomatique, et de résister en mobilisant les ressources limitées d’un pays déjà acculé. Dans un contexte de reconfiguration géopolitique du Sahel, où la coopération entre États devient de plus en plus fragile, un tel affrontement ferait reculer de plusieurs années tout espoir de paix dans la région.

 

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