Le 26 mars 2025, une nouvelle étape a été franchie dans le débat autour des activités d’exploration pétrolière et gazière dans les eaux proches du Sahara occidental, à environ 200 kilomètres des côtes des îles Canaries. Cette région, sous contrôle marocain mais revendiquée par le Front Polisario comme partie intégrante du Sahara occidental, est au cœur d’une controverse géopolitique et environnementale qui suscite l’inquiétude du gouvernement régional des Canaries.
Une licence accordée à NewMed Energy par le Maroc
En février 2025, le Maroc a officialisé l’octroi d’une licence d’exploration d’hydrocarbures à la société israélienne NewMed Energy pour le bloc offshore « Boujdour Atlantique ». Cette zone, d’une superficie de 34 000 km² – légèrement supérieure à celle de la Catalogne ou de la Belgique – se situe dans les eaux du Sahara occidental, à proximité des Canaries. Selon l’accord, signé initialement en 2022 dans le cadre des Accords d’Abraham normalisant les relations entre le Maroc et Israël, NewMed Energy détient 37,5 % des parts, tout comme son partenaire marocain Adarco Energy, tandis que l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) conserve 25 %. Les opérations prévues incluent des études géologiques et géophysiques sur 30 mois, avec un possible forage exploratoire dans les deux à trois ans à venir.
Cette décision a ravivé les tensions dans la région. Le gouvernement des Canaries, dirigé par Fernando Clavijo, a exprimé des préoccupations quant aux risques environnementaux, notamment les potentielles marées noires ou perturbations des écosystèmes marins, ainsi qu’aux implications diplomatiques liées à la délimitation des zones économiques exclusives (ZEE). Le Front Polisario, quant à lui, a qualifié cette licence d’ »illégale », arguant que le Maroc n’a pas la souveraineté sur ces eaux en vertu du droit international.
La position de l’Espagne clarifiée par José Manuel Albares
Face à cette situation, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, s’est exprimé le 26 mars 2025 devant la Chambre des députés à Madrid. Il a affirmé que la zone concernée par les activités de NewMed Energy « ne fait pas partie de la mer espagnole », précisant qu’elle se situe « en dehors des eaux territoriales et juridictionnelles de l’Espagne ». Cette déclaration semble destinée à apaiser les craintes tout en évitant une confrontation directe avec le Maroc, un partenaire stratégique sur des dossiers comme la migration et le commerce.
Cependant, cette prise de position soulève des questions. Si Albares a exclu que ces eaux relèvent de la juridiction espagnole, il n’a pas explicitement reconnu la souveraineté marocaine sur la zone, laissant planer une certaine ambiguïté. Cette prudence s’aligne avec la position officielle de l’Espagne, qui, depuis mars 2022, soutient le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental comme une base « sérieuse et crédible » pour résoudre le conflit, tout en restant dans le cadre des négociations menées sous l’égide de l’ONU.
Une situation aux enjeux multiples
L’implantation de NewMed Energy dans cette région disputée s’inscrit dans une stratégie plus large du Maroc visant à exploiter les ressources offshore pour consolider son économie et sa présence au Sahara occidental. Elle illustre également l’approfondissement des liens entre Rabat et Tel-Aviv, malgré les tensions régionales liées au conflit à Gaza. Pour les Canaries, cette proximité – à seulement 200 km de Fuerteventura ou Lanzarote – ravive les craintes d’un désastre écologique dans une zone déjà sous pression touristique et climatique.
L’ affaire NewMed Energy met en lumière les complexités d’un dossier où se mêlent droit international, rivalités géopolitiques et impératifs environnementaux. Alors que le Maroc avance ses pions, l’Espagne opte pour une neutralité calculée, laissant au gouvernement des Canaries le soin de porter la voix de l’inquiétude locale.