Introduction : une coopération en crise
Les relations commerciales entre le Maroc et l’Égypte, historiquement fondées sur la coopération régionale dans le cadre de l’accord d’Agadir, traversent aujourd’hui une zone de turbulences. Le 31 mars 2025, le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a tenu des propos forts à l’égard du partenaire égyptien, mettant en lumière un déséquilibre persistant dans les échanges bilatéraux. Cette déclaration résonne comme un signal politique dans un contexte régional sensible, notamment sur fond de positionnements autour de la question du Sahara occidental.
Une déclaration qui bouscule le statu quo
Lors d’une intervention publique, Mezzour a affirmé que le Maroc acceptait volontairement un déficit commercial avoisinant le milliard de dollars avec l’Égypte, au nom de la « fraternité arabe ». Ce geste, présenté comme un acte de solidarité, est cependant assorti d’une critique claire : l’Égypte impose des restrictions aux produits marocains, notamment aux voitures fabriquées localement, tout en profitant d’un accès facilité au marché marocain.
Le ministre a également dénoncé le rôle de l’Égypte dans le transbordement de produits chinois bon marché vers le Maroc, accentuant la pression sur l’industrie nationale. Cette sortie intervient un mois après une tentative d’apaisement à Rabat, où les deux pays avaient convenu de relancer leur partenariat via des forums économiques et la réactivation du Conseil d’affaires bilatéral. Les engagements pris semblent toutefois, aux yeux du Maroc, rester lettre morte.
Un déficit qui devient politique
Le déséquilibre est loin d’être symbolique : en 2024, les échanges commerciaux ont creusé un déficit d’environ un milliard de dollars, selon les déclarations du ministre. Les exportations marocaines vers l’Égypte stagnent, tandis que les importations égyptiennes, notamment agricoles et textiles, continuent d’affluer. Pire encore, les véhicules marocains restent bloqués aux portes du Caire, officiellement à cause d’une pénurie de devises.
Ce déséquilibre commercial pourrait-il être justifié par une stratégie diplomatique implicite liée au Sahara occidental ? Certains analystes y voient un lien indirect : dans un contexte où le Maroc cherche des soutiens implicites ou explicites à sa position sur ce dossier, le maintien de relations cordiales avec des pays influents comme l’Égypte peut être perçu comme un levier d’influence. Mais jusqu’où cette diplomatie économique peut-elle aller au détriment des intérêts industriels nationaux ?
Entre rhétorique fraternelle et limites du libre-échange
Les propos de Mezzour, bien que teintés d’une rhétorique unificatrice, cachent mal une exaspération croissante. En évoquant la « fraternité arabe », il semble rappeler à l’Égypte les fondements idéologiques de leur partenariat, tout en pointant son absence de réciprocité. L’accord d’Agadir, censé instaurer un libre-échange équilibré, est ici mis en cause de manière implicite.
Le Maroc, tout en prônant la coopération, paraît vouloir marquer un tournant. Il n’exclut plus de durcir sa position si les promesses ne sont pas suivies d’effet. Le forum B2B prévu en avril 2025 en Égypte sera donc déterminant.
Perspectives : vers une redéfinition des partenariats ?
Cette crise commerciale pourrait bien inciter le Maroc à revoir sa stratégie d’ouverture. Si l’Égypte maintient ses restrictions, le Royaume pourrait réagir en imposant des droits de douane ou en réévaluant sa participation à des accords régionaux comme celui d’Agadir. Par ailleurs, Rabat pourrait accélérer sa diversification commerciale vers l’Afrique subsaharienne, l’Asie ou encore renforcer ses partenariats euro-méditerranéens.
Conclusion : un avertissement diplomatique fort
Les déclarations de Ryad Mezzour ne sont ni anodines ni isolées. Elles traduisent un ras-le-bol face à un partenaire jugé peu équitable. Si le Maroc accepte temporairement un déficit commercial pour des raisons diplomatiques ou géostratégiques, notamment dans le cadre de sa diplomatie africaine et arabe, il semble désormais en fixer les limites. Le message est clair : la solidarité ne peut être unilatérale, surtout lorsqu’elle menace un secteur clé comme l’industrie automobile nationale.