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Images près de Figuig : nouvelle tension à la frontière maroco-algérienne
En ce début février 2026, des vidéos et des photos partagées par des habitants de la région circulent massivement sur les réseaux sociaux. Elles montrent, dans un secteur proche de Figuig, à la frontière entre le Maroc et l’Algérie, l’installation de panneaux blancs sur le terrain. Pour les populations locales, ce geste n’est pas anodin : il est perçu comme une tentative de marquage unilatéral de limites dans une zone historiquement sensible.
Une région frontalière sous pression permanente
Figuig n’est pas une simple localité périphérique. C’est une oasis ancienne, structurée autour de l’agriculture, des palmeraies et de liens humains qui, pendant des décennies, ont dépassé les lignes tracées sur les cartes. Or, depuis la fermeture de la frontière terrestre dans les années 1990, ces dynamiques naturelles ont été brutalement interrompues. Les familles se retrouvent séparées, les échanges traditionnels bloqués, et chaque incident prend une dimension politique.
Dans ce contexte, l’apparition de nouveaux panneaux sur le terrain réveille immédiatement un sentiment de vulnérabilité chez les habitants : ils ont le sentiment que les décisions se prennent loin d’eux, alors que ce sont eux qui en subissent directement les conséquences.
Un précédent marquant : la palmeraie d’El Arja
L’inquiétude actuelle fait écho à un épisode encore frais dans les mémoires. En 2021, des agriculteurs marocains liés à la palmeraie d’El Arja ont perdu l’accès à des terres qu’ils exploitaient depuis longtemps dans une zone frontalière. Du jour au lendemain, un usage toléré pendant des années est devenu interdit. Derrière la question juridique, il y avait surtout une réalité humaine : des familles privées de leur principale ressource.
Pour beaucoup à Figuig, les images actuelles s’inscrivent dans cette même logique : un durcissement progressif du contrôle au sol, avec un impact direct sur les civils.
Un héritage historique lourd
La frontière maroco-algérienne porte le poids d’un passé complexe. Après les indépendances, des désaccords sur les tracés hérités de la période coloniale ont conduit à la Guerre des Sables en 1963, sous le règne de Hassan II côté marocain. Même si les combats ont cessé rapidement, la méfiance stratégique s’est installée durablement.
Depuis, chaque crise régionale — notamment autour du Sahara — ravive cette tension. L’épisode de Guerguerat en 2020 a marqué un tournant, et la rupture diplomatique de 2021 a encore dégradé le climat. Le soutien constant d’Alger au Front Polisario est perçu à Rabat comme un levier de pression stratégique contre le Maroc.
Des incidents qui entretiennent la crispation
La situation reste d’autant plus explosive que des incidents sécuritaires continuent d’alimenter la tension. Fin janvier 2026, un épisode meurtrier près de Béchar a été annoncé côté algérien, avec la mort de trois Marocains. Quelle que soit la version officielle, ces événements renforcent côté marocain l’idée d’une frontière où le moindre mouvement peut se transformer en crise.
Dans ce climat, même un geste qui pourrait sembler technique — planter des panneaux — prend une portée politique forte. Il est interprété comme un signal, voire une mise à l’épreuve.
Le point de vue marocain : refus des faits accomplis
Du côté marocain, l’argument central est clair : on ne modifie pas les réalités au sol de manière unilatérale dans une zone aussi sensible. Pour Rabat, la stabilité passe par le respect des cadres existants et par la protection des populations frontalières, déjà fragilisées par des décennies de fermeture.
Au-delà des États, c’est tout le Maghreb qui reste prisonnier de cette rivalité. Pendant que les tensions persistent, les opportunités économiques régionales s’érodent et les régions frontalières continuent de payer le prix fort.
Entre symbole et réalité humaine
Les images près de Figuig ne sont donc pas seulement un épisode de plus dans une longue rivalité diplomatique. Elles renvoient à une question plus profonde : qui protège réellement les populations frontalières ? Car derrière les drapeaux, les discours et les stratégies, il y a des agriculteurs, des familles, des jeunes qui grandissent dans une zone où l’incertitude est devenue la norme.
Ce nouvel épisode montre une chose : tant que le dialogue politique restera bloqué, chaque panneau planté dans le désert pourra devenir une étincelle géopolitique.